vendredi 17 avril 2009, 11:15
Si la solidarité devient un délit...
Vœu présenté en Conseil Municipal le 16 avril 2009.
Face aux drames humains que vivent les sans-papiers, de nombreux citoyens font preuve de solidarité en les aidant de façon désintéressée.
Ce faisant, ils s’exposent au « délit d’humanité » sanctionné par l’article L622-1 du code d’entrée et de séjour des étrangers (CESEDA).
À leur côté, ils doivent entendre qu’ils peuvent compter sur des élus en résistance. Que cela se traduise dans l’organisation de parrainages républicains d’hommes, de femmes et d’enfants étrangers en situation irrégulière, en leur offrant des droits d’accessibilité à vivre la ville d’Amiens et prochainement, même, qu’ils puissent être invités et associés à la vie et au débat démocratique qui se met en place avec les conseils d’habitants et les coordinations associatives.
Sur ce sujet très précis, je ne peux passer sous silence une contribution de Mr Roger Mezin paru sur le blog « imagine-amiens » hostile au droit de vote des étrangers, hostile à la représentation de ces mêmes personnes au sein des conseils d’habitants, ce qui pour lui « ne ferait pas progresser la démocratie ».
Chacun appréciera… la pluralité des opinions et des origines serait un obstacle au dialogue et à l’action… comment alors parler d’une ville harmonieuse et fraternelle pour tous, Mr Mezin, si le discours invite à classifier des citoyens de pleins droits et d’autres en zone de transit ?
Au lendemain du G20, où les grands de ce monde ont cherché à défendre le capitalisme en le « moralisant », nous souhaitons affirmer qu’un système qui donne toute liberté à la circulation des capitaux mais qui enferme les hommes est un système amoral. C’est donc le système, lui-même, qu’il faut changer.
L’Europe devrait être terre de liberté. Or, le Pacte européen sur l’immigration et l’asile adopté par le Conseil Européen sous Présidence française, constitue un véritable recul et n’honore pas le pays des Droits de l’Homme.
Ce choix politique est cohérent avec la politique d’immigration choisie, chère à Nicolas Sarkozy, qui vise à accueillir des travailleurs migrants hautement qualifiés et à harmoniser les dispositifs répressifs à l’égard de tous les autres.
C’est pourquoi, faisant suite aux propos scandaleux de Mr Eric Besson et pour répondre aux arguments de Mr Mezin, nous souhaitons mettre à l’approbation de notre assemblée le texte suivant :
Si la solidarité devient un délit,
nous demandons à être poursuivis pour ce délit !
Objectif chiffré de reconduites à la frontière pour 2010 : 28 000
Objectif chiffré d’interpellations d’aidants pour 2010 : 5 500
Aujourd’hui, en France, il est devenu criminel d’accueillir, d’accompagner, ou seulement d’aider une personne en situation irrégulière…..
Le 18 février 2009, à 7 h 45 du matin, la police frappe à la porte une bénévole aux Restos du cœur et à l’association Terre d’errance. Depuis deux ans et demi, cette femme organise les dons de nourriture et d’habits pour les migrants qui errent autour de Calais dans l’espoir de passer en Angleterre.
Elle recharge aussi leurs portables. Les policiers lui on dit : "on vient vous chercher pour vous mettre en garde à vue, pour flagrant délit d’aide aux personnes en situation irrégulière".
L'interpellation le 16 février 2009 d'Hamid, un sans-papier accueilli par la communauté Emmaüs de Marseille Pointe Rouge, s'est transformée le 17 février 2009, en opération policière dans cette communauté. Ainsi, sur décision du parquet de Marseille une perquisition a eu lieu dans la dite communauté Emmaüs aux fins de recenser la présence d'éventuels compagnons sans papiers.
Dans le même cadre, Kamel un responsable de la communauté a été mis en garde à vue pendant 6 heures le 17 février.
Ces faits s’ajoutent à une liste déjà longue de militants associatifs ou de citoyens ordinaires poursuivis pour avoir manifesté leur solidarité ou agi avec humanité à l’égard de migrants privés du droit au séjour.
Alors demain, quels gestes du quotidien seront punis pour remplir les objectifs du Ministère de l’immigration ?
Un médecin sera t-il interpelé pour avoir soigné un sans-papier malade, ou un facteur pour lui avoir distribué son courrier ?
L’instituteur sera t-il inquiété pour avoir appris à lire à un enfant dont les parents sont en situation irrégulière ?
Nous sommes tous concernés : parce qu’ avant d’être « sans papiers », ces hommes, ces femmes et ces enfants sont des personnes en difficulté, isolées et démunies et il est de notre devoir de citoyen de les aider dans la dignité et le respect dû à chaque être humain.
Alors si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis pour ce délit !

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